Depuis le début du mois de mai 2026, un nom s’est imposé dans les médias du monde entier : le MV Hondius. Ce navire d’expédition néerlandais, opéré par Oceanwide Expeditions, est devenu le théâtre d’un épisode sanitaire inédit — un foyer d’hantavirus à bord d’un navire de croisière, une première dans l’histoire maritime moderne. Le navire avait quitté Ushuaïa, en Argentine, le 1er avril 2026, avec 147 personnes à bord, dont 88 passagers et 59 membres d’équipage de 23 nationalités différentes. Trois passagers sont décédés. Des dizaines d’autres ont été rapatriés sous protocole sanitaire strict depuis Tenerife. 

Cette crise soulève une question légitime pour tous ceux qui projettent une croisière : faut-il s’inquiéter ? Voici ce que l’on sait, ce que les autorités sanitaires disent, et ce que cela change concrètement pour les croisiéristes.

Qu’est-ce que l’hantavirus ? Ce qu’il faut savoir en quelques minutes

Un virus transmis par les rongeurs, pas par l’eau ou l’air marin

Les hantavirus sont des virus portés par des rongeurs, capables de provoquer des maladies graves chez l’être humain. La contamination survient généralement par contact avec des rongeurs infectés ou leurs excrétions — urine, fèces ou salive. En clair : il ne s’agit pas d’un virus qui se propage dans l’environnement marin ou dans l’air des cabines de façon spontanée. Le risque zéro n’existe pas, mais le mécanisme de transmission est très différent de celui de la grippe ou du Covid-19. 

La souche Andes, seule à pouvoir se transmettre entre humains

Le 6 mai 2026, le séquençage viral réalisé par les autorités sanitaires sud-africaines a identifié une souche d’hantavirus de type Andes. Il s’agit de la seule souche, parmi les 38 connues, à pouvoir se transmettre d’une personne à l’autre, bien que ce mode de transmission reste marginal par rapport à l’exposition aux rongeurs infectés. C’est cette particularité qui a rendu la situation à bord du Hondius exceptionnellement préoccupante et attire l’attention de la communauté scientifique internationale. 

Une maladie grave, mais sans traitement spécifique

Cette maladie virale est potentiellement mortelle dans 40 % des cas et ne dispose ni de vaccin ni de traitement spécifique. La prise en charge repose sur des soins de support intensifs. C’est la raison pour laquelle la prévention et la détection précoce sont essentielles

L’affaire du MV Hondius : chronologie d’une crise sanitaire maritime

MV Hondius

Comment le virus s’est retrouvé à bord

L’enquête épidémiologique pointe vers un scénario précis. Selon le rapport du ministère argentin de la santé, le cas index,un ressortissant néerlandais présentant les premiers symptômes, avait effectué un voyage de quatre mois entre novembre 2025 et avril 2026, traversant le Chili, l’Uruguay et l’Argentine, avant d’embarquer sur le Hondius seulement quatre jours après son retour en Argentine. L’hypothèse la plus solide est donc une contamination à terre, avant l’embarquement, lors d’une exposition à des rongeurs infectés en Amérique du Sud.

Trois décès, une évacuation internationale

Un premier passager est décédé le 11 avril à bord. Son corps a été retiré du navire à Sainte-Hélène le 24 avril, où son épouse a également débarqué avant de décéder deux jours plus tard dans un hôpital de Johannesburg. Un troisième passager est mort à bord.

Le navire a ensuite navigué vers le Cap-Vert, sans pouvoir débarquer ses passagers, avant d’obtenir l’autorisation d’accoster aux îles Canaries. Le 10 mai 2026, au port industriel de Granadilla de Abona à Tenerife, l’évacuation a débuté sous protocole militaire : les passagers quittaient le navire en combinaison de protection, masque FFP2, avant d’être transportés directement à l’aéroport de Tenerife-Sud par des bus de l’unité d’urgence de l’armée espagnole, pour être rapatriés dans leurs pays respectifs.

Le bilan au 11 mai 2026

Selon l’OMS, on recensait huit cas suspects, dont six confirmés, et trois décès au 9 mai 2026. Des patients étaient hospitalisés en Afrique du Sud, aux Pays-Bas, en Allemagne, à Sainte-Hélène, en Espagne et en Suisse. En France, une vingtaine de cas contacts avaient été identifiés au 11 mai 2026.

Quel est le risque réel pour les croisiéristes ?

L’OMS est claire : ce n’est pas un nouveau Covid

Le risque de propagation de l’hantavirus à la population générale est « absolument faible », a insisté l’OMS, soulignant que « même parmi les personnes ayant partagé la même cabine, il arrive que les deux ne soient pas infectées » et que « la propagation est loin d’être comparable à celle de la Covid-19 ». 

Pour les croisiéristes qui ne naviguent pas en Amérique du Sud ou vers des zones endémiques, le risque est quasi nul dans les conditions actuelles. L’hantavirus n’est pas un virus maritime : il est venu de la terre, embarqué involontairement par un passager contaminé à terre.

Les croisières d’expédition en Amérique du Sud : un profil de risque différent

Il faut faire la distinction entre les croisières classiques — Méditerranée, Caraïbes, Atlantique Nord, Asie — et les croisières d’expédition vers des zones sauvages d’Amérique du Sud comme la Patagonie, la Terre de Feu ou l’Antarctique. Ces dernières impliquent des escales dans des régions rurales et parfois forestières, où la présence de rongeurs porteurs du virus Andes est documentée. En décembre 2025, l’Organisation panaméricaine de la santé avait d’ailleurs émis une alerte épidémiologique pour l’ensemble du Cône Sud, en raison de l’augmentation des cas et d’une hausse de la létalité dans certains pays.

Pour ce type de croisière, la prudence est de mise, non pas en termes d’annulation, mais de comportement lors des excursions à terre.

Les croisières classiques ne sont pas concernées

Pour une croisière en Méditerranée, dans les fjords norvégiens, aux Caraïbes ou en Asie du Sud-Est, l’hantavirus ne représente pas de menace particulière. Le virus identifié sur le Hondius, la souche Andes,  est présent exclusivement en Amérique du Sud. Les autres souches d’hantavirus, présentes en Europe ou en Asie, ne se transmettent pas entre humains.

Comment la croisière gère-t-elle les crises sanitaires ? La réponse du secteur

Une réponse internationale coordonnée

L’épisode du Hondius a démontré la capacité des autorités internationales à réagir rapidement. L’évacuation des passagers a été coordonnée entre la France, l’Espagne, les Pays-Bas, l’Union européenne et l’OMS. En moins de dix jours après la notification à l’OMS, l’ensemble des passagers était rapatrié et pris en charge dans leurs pays respectifs. 

Des protocoles sanitaires renforcés depuis le Covid

L’industrie de la croisière a profondément revu ses dispositifs sanitaires depuis 2020. Les compagnies disposent aujourd’hui de protocoles d’isolement, de médecins embarqués, de liaisons directes avec les autorités portuaires et les organismes de santé internationaux. L’affaire du Hondius, aussi dramatique soit-elle humainement, montre que ces mécanismes fonctionnent : la diffusion hors du navire a été contenue.

La surveillance des passagers après débarquement

L’OMS considère l’ensemble des passagers du MV Hondius comme des « contacts à haut risque » et impose une surveillance de 45 jours — durée maximale théorique d’incubation de l’hantavirus. Les passagers français ont été placés en quarantaine hospitalière à Paris pendant 72 heures avant de rentrer à domicile sous isolement strict. 

Conseils pratiques pour les croisiéristes face à l’hantavirus

Avant d’embarquer vers l’Amérique du Sud

Si vous envisagez une croisière en Patagonie, en Terre de Feu ou en Antarctique, renseignez-vous auprès de votre médecin traitant et consultez les recommandations sanitaires en vigueur du pays de départ. Évitez tout contact avec des rongeurs lors des excursions à terre, ne séjournez pas dans des refuges ou habitations mal entretenus, et signalez immédiatement tout symptôme respiratoire inhabituel apparu dans les semaines suivant votre retour.

En cours de croisière

Signalez sans attendre au service médical du bord tout signe de fièvre, douleurs musculaires ou difficultés respiratoires, quelle que soit la destination. L’OMS recommande aux voyageurs d’éviter toute exposition aux rongeurs et de consulter rapidement en cas de symptômes apparaissant après une possible exposition. 

Faut-il annuler une croisière prévue ?

Non. Pour l’immense majorité des destinations de croisière, l’hantavirus ne modifie en rien la recommandation de voyager. Les croisières en Méditerranée, aux Caraïbes, en Europe du Nord ou en Asie ne présentent aucun risque supplémentaire lié à cette crise. Pour les croisières en Amérique du Sud, le risque existe, mais il est gérable avec les bonnes précautions. Les marchés de prédiction comme Polymarket estiment à 93 % la probabilité qu’il n’y ait pas de pandémie d’hantavirus en 2026, sur la base des données épidémiologiques actuelles.

Ce que cette crise change pour l’avenir de la croisière

L’épisode du MV Hondius est un signal d’alerte utile, non un signal d’alarme généralisé. Il rappelle que les croisières d’expédition dans des zones sauvages impliquent des profils de risque sanitaire spécifiques, distincts de ceux des croisières classiques. Il invite aussi les compagnies à renforcer les protocoles de déclaration médicale avant embarquement, notamment pour les passagers rentrant récemment d’excursions en zones rurales d’Amérique du Sud.

Pour les futurs croisiéristes, la conclusion est simple : s’informer, ne pas céder à la panique, et faire confiance à des dispositifs sanitaires qui ont fait preuve de leur efficacité. La mer reste l’une des façons les plus sûres de voyager , à condition de l’aborder avec le sérieux qu’elle mérite.

FAQ : hantavirus et croisières

Peut-on attraper l’hantavirus sur une croisière classique en Méditerranée ou aux Caraïbes ? Non. L’hantavirus — et en particulier la souche Andes impliquée dans l’affaire du MV Hondius — est endémique en Amérique du Sud. Les croisières en Méditerranée, aux Caraïbes ou en Europe du Nord ne présentent pas de risque lié à ce virus.

L’hantavirus se transmet-il facilement entre passagers à bord d’un navire ? Le virus ne se transmet pas comme la grippe ou le Covid-19. La souche Andes est la seule à permettre une transmission interhumaine, et uniquement en cas de contact étroit et prolongé. L’OMS a clairement indiqué que le risque de propagation à la population générale reste très faible.

Faut-il annuler une croisière en Patagonie ou en Antarctique à cause de l’hantavirus ? Pas nécessairement. Une croisière dans cette région implique un profil de risque spécifique lié aux excursions à terre dans des zones rurales ou sauvages. Des précautions simples — éviter tout contact avec des rongeurs, signaler rapidement tout symptôme — permettent de voyager en connaissance de cause. Consultez votre médecin avant le départ.

Quels sont les symptômes de l’hantavirus à surveiller ? Fièvre élevée, douleurs musculaires intenses, maux de tête, puis difficultés respiratoires progressives. Ces symptômes apparaissent généralement entre une et six semaines après l’exposition. En cas de doute au retour d’une zone à risque, consultez immédiatement un médecin et signalez votre voyage récent.

Le secteur de la croisière est-il préparé à gérer ce type de crise sanitaire ? Oui. La réponse coordonnée autour du MV Hondius — évacuation de 19 nationalités différentes en moins de 48 heures, rapatriement sous protocole strict, surveillance des contacts — montre que les mécanismes internationaux fonctionnent. L’industrie de la croisière dispose depuis le Covid de dispositifs sanitaires renforcés embarqués sur tous les grands navires.

Article rédigé le 11 mai 2026, sur la base des informations disponibles auprès de l’OMS, de l’ANRS MIE, des autorités sanitaires françaises et espagnoles, et des sources médiatiques vérifiées.